Séminaire « Iran Contemporain » – Armin Messager

La 9e séance du séminaire du groupe IranLab aura lieu le mercredi 13 Mai de 10h00 à 12h00 sur site et en ligne (lien sur demande à iranlab2024@gmail.com)
Nous accueillerons M. Armin Messager (doctorant à Sciences Po, Paris) pour une communication sur le thème: 

Coopter pour neutraliser : islam politique, salafisme et stratégies partisanes dans les périphéries du Kurdistan irakien

Cette communication retrace l'évolution historique et sociopolitique de l'islam kurde et de ses expressions politiques, en portant une attention particulière aux espaces périphériques du Kurdistan irakien. L'analyse part du déclin progressif du soufisme dans la seconde moitié du XXe siècle. Les déportations massives sous le régime baathiste et les politiques de villagisation forcée (mujama'ât) ont démantelé les structures féodales liées aux confréries soufies, désarticulant les hiérarchies sociales traditionnelles. Ce vide d'autorité a ouvert la voie à des imams d'inspiration Frères musulmans, qui se sont imposés comme figures centrales de médiation et de résolution des conflits. Après la guerre Iran-Irak, les associations caritatives islamiques ont accéléré l'islamisation de la société kurde en soutenant les orphelins et en participant à la reconstruction des communautés dévastées. Un tournant décisif intervient après 2003 : la corruption des partis nationalistes kurdes et la prédation des appareils politiques (Parti démocratique du Kurdistan, Union patriotique du Kurdistan) génèrent un fort ressentiment dans les espaces marginalisés, conduisant une partie de la population à se tourner vers les mouvements islamistes d'inspiration frériste. En réponse, l'UPK opte pour une stratégie de cooptation : elle finance et parraine des imams salafistes loyalistes, dont le quiétisme prône le désengagement politique, transformant ainsi des électeurs religieux conservateurs en abstentionnistes. Cette stratégie s'avère à double tranchant : en consolidant le champ salafiste comme entité de plus en plus autonome, elle crée les conditions d'un islamisme contestataire, dont l'une des expressions culminera avec la montée des mouvements jihadistes dans les années 2010. La communication montre enfin comment le salafisme s'est enraciné localement, notamment dans les zones frontalières et les quartiers issus de l'exode rural. Au-delà de sa dimension religieuse, il fonctionne comme un vecteur de sociabilité, d'accès au prestige et de critique sociale pour une jeunesse défavorisée, offrant des réseaux de solidarité alternatifs dans des espaces que les partis et les structures traditionnelles ont cessé de faire vivre.
Au plaisir de vous y retrouver, L’équipe IranLab