Monia Hilal au séminaire « Les partis politiques musulmans : un vecteur de sécularisation ? »

Talal Asad et l’Etat moderne : un instrument de sécularisation violente contre les traditions religieuses

Monia Hilal (EPHE-PSL/GSRL) Cette présentation vise à présenter les travaux de l’anthropologue américain Talal Asad (1932-), qui se sont attachés à déconstruire la vision occidentale du rapport entre Etat et religion. Ils ont par conséquent contribué à mettre en avant ce qu’il appelle les préjugés coloniaux dans la discipline anthropologique dans les années 1970. Dans Genealogies of Religion, publié en 1993, Talal Asad analyse le terme de « religion » comme un élément clé de la construction de l’Etat moderne, l’Etat libéral, servant à narrer une histoire choisie, celle de la séparation du politique et du religieux, confiné à la sphère privée à partir de la Réforme. C’est cet Etat libéral qui est présenté dans Formations of the Secular (2003) comme intrinsèquement violent du fait de ses lois, de son armée, de sa police. Asad dénonce la contrainte exercée vis-à-vis du croyant au sein de l’espace public. Cet État reconfigure ce que l’anthropologue théorise comme étant la tradition discursive, l’autonomie du croyant dont la pratique et l’éthique se réinventent constamment tout en s’appuyant sur les textes fondateurs. Après avoir retracé le parcours intellectuel de Talal Asad, nous présenterons les débats et les limites actuelles de la pensée asadienne.