Lucas Faure au séminaire « Les partis politiques musulmans : un vecteur de sécularisation ? »

Faire de la politique autrement : islam, ONG et sécularisation en France et au Royaume-Uni

Lucas Faure Docteur en science politique Post-doctorant au Germe, à l’Université Libre de Bruxelles Acteurs de premier plan de la vie associative française, les ONG humanitaires musulmanes sont longtemps demeurées en marge des recherches en sciences sociales. Positionnées comme des intermédiaires entre les pouvoirs publics, des publics de bénéficiaires, elles constituent un poste d’observation privilégié pour l’étude d’engagements politiques de leurs membres : bénévoles comme salarié·es. Malgré leur inscription en dehors des structures partisanes, je propose de saisir de tels engagements comme des engagements politiques. Cette approche nourrit une hypothèse plus générale, consistant à voir l’humanitaire comme une activité qui permet de s’accomplir religieusement quand bien même le contexte français de suspicion envers l’islam pousse les musulman·es investi·es en leur sein à mettre à distance leur appartenance religieuse. Les contraintes auxquelles ils font face répondent à celles que leurs organisations rencontrent et renseignent le rapport au politique d’un groupe minoritaire dans le contexte sécularisé français. Les ONG musulmanes doivent séculariser leurs activités afin de se conformer aux injonctions de l’État français de respect de la laïcité. Or, dans le même temps, les pouvoirs publics leur confient la prise en charge de publics identifiés comme musulmans (réfugié·es, quartiers populaires, etc.). En conséquence, ces associations (et leurs membres) doivent en permanence recalibrer leurs rapports au religieux, ce qui les contraint à être « musulman·es mais pas trop ». Discutante : Fatiha Kaouès (CNRS-GSRL)