« Genre, sexualité et crise(s) du religieux »
Résumé de la session
Les controverses contemporaines autour du genre et des sexualités constituent un analyseur central des transformations actuelles du religieux. Elles touchent au cœur des régimes de vérité, des formes d’autorité et des dispositifs de régulation morale. Le genre peut ainsi être appréhendé à la fois comme principe structurant des univers confessionnels — historiquement façonnés par des grammaires androcentrées — et comme point de friction face aux mutations contemporaines des normes sexuelles, des savoirs biomédicaux, des droits et des cadres politiques de l’égalité (Scott, 1986 ; Connell, 2009).
Cette session propose d’interroger la manière dont la remise en cause des évidences naturalisées du masculin, du féminin et des sexualités reconfigure les ordres religieux. Ces tensions donnent lieu à des réactions contrastées : crispations identitaires, mobilisations « anti-genre » (Kuhar & Paternotte, 2017), mais aussi bricolages, dissidences internes, relectures herméneutiques féministes ou queer (Wilcox, 2003 ; Gross, 2008), innovations rituelles et recompositions de l’appartenance. Ces dynamiques participent à la fabrication de futurs religieux concurrents, entre restauration morale, accommodation pragmatique et pluralisation normative (Casanova, 1994 ; Hervieu-Léger, 2003).
Dans une perspective inspirée des travaux de Foucault sur les dispositifs de pouvoir et la gouvernementalité des corps (1976, 1977), ainsi que de Butler sur la performativité du genre (1990), la session portera une attention particulière aux dimensions rituelles, symboliques et corporelles par lesquelles les institutions religieuses « font » le genre et tentent d’en stabiliser les hiérarchies. Elle s’inscrit également dans une approche intersectionnelle (Crenshaw, 1989), attentive aux articulations entre genre, sexualité, classe, racialisation, âge et contextes politiques, dans la lignée des travaux de Mahmood (2005) et d’Asad (1993).
Les communications pourront analyser comment ces conflits autour du genre deviennent des épreuves de légitimation pour les institutions religieuses, comment ils varient selon les configurations sociologiques, théologiques et organisationnelles, et comment les marges religieuses — femmes, personnes LGBTQIA+, minorités racialisées ou cléricales — négocient leur appartenance et produisent des formes alternatives de subjectivation croyante (Buisson-Fenet, 2004 ; Tricou, 2021 ; Bizeul, 2025 ; Viennet, 2025).