Atelier Eurasie centrale – Stéphane Dudoignon

La 10e séance de l’Atelier Eurasie centrale 2025-26 du GSRL à l’EPHE aura lieu le mardi 26 mai, de 11h00 à 13h00 au bâtiment recherche Nord du campus Condorcet, 14 cours des Humanités, 93300 Aubervilliers (métro Front populaire), en salle 5-001 — ainsi qu’en ligne sur demande à ateliereurasiecentrale@gmail.com

NB – Les personnes présentes sur site mais ne disposant pas d’un badge du campus sont invitées à demander un passe à la réception, afin de pouvoir accéder aux ascenseurs.

Nous y écouterons une présentation de Stéphane DUDOIGNON (CNRS/GSRL) sur le thème :

Une ego-histoire filigranée : La mémoire littéraire, gnostique et religieuse, et ses usages, chez ‘Ali-Khan Tura “Saghuni” (1885–1976)

Prédicateur clandestin au Turkestan soviétique, vite repéré par l’OGPU/NKVD, 'Ali-Khan Tura Shakir-Khoja-Ughli, dit “Saghuni” devint ensuite agitateur politique puis président d’une République islamique du Turkestan oriental (entre novembre 1944 et juin 1946), sous protection de l’URSS. Exfiltré en juin 1946, il passa les trente dernières années de sa vie, à Tachkent, à rédiger une œuvre de polygraphe, en prose et en vers, demeurée longtemps inédite.

Bien que best-sellers en Ouzbékistan et dans la diaspora ouïghoure depuis le tournant des années 2020, les mémoires de Saghuni ne sont d'ailleurs disponibles aujourd'hui que dans des éditions plus ou moins lacunaires. (Ces dernières font l’impasse sur son discours religieux comme sur l’évocation de ses séjours en camp ou au bagne, côtés soviétique et chinois des Tian Shan. Une traduction française réalisée d’après les manuscrits autographes de l’auteur, toujours détenus par la famille, proposera, à l’automne 2026, la première édition mondiale d’un texte intégral.)

Plusieurs séances de l'Atelier Eurasie centrale et du programme ANR RedGold ont été consacrées à l'analyse de cette œuvre multiforme. À travers l’étude des réemplois et citations littéraires dont Saghuni fait usage dans ses mémoires, nous nous interrogerons sur les notions de “souterrain” voire de “dissidence” littéraires en Asie centrale soviétique, sur la place qu’y occupent un éventail de références islamiques (sur la question du jihad, entre autres), ainsi que sur la transformation, pendant le court xxe siècle, d’une “réforme” musulmane héritée des xviiie et xixe. Enfin, sur cet arrière-plan discursif bien particulier, nous nous pencherons sur l’idéologisation du religieux, dont témoignent les écrits politiques de Saghuni, comme possible vecteur de sécularisation.

Au plaisir de vous retrouver à cette occasion,

Stéphane Dudoignon, Agathe Guy, Lina Tsrym