Atelier Eurasie centrale – Stéphane Dudoignon

Bonjour, La 1ère séance décalée de l’Atelier Eurasie centrale 2026-27 du GSRL à l’EPHE aura lieu le mardi 10 novembre 2026, de 11h00 à 13h00, en visioconférence compte tenu de la fermeture actuelle de nos locaux (lien d'accès sur demande). Nous écouterons une présentation de Stéphane DUDOIGNON (CNRS/GSRL) sur le thème :

Poètes gnostiques persans et türks du siècle soviétique : nouveaux objets, approches nouvelles (I)

Longtemps centrée sur l’étude de l’archive publique et privée, l’historiographie de l’islam en Eurasie centrale soviétique s’est enrichie, depuis une décennie, de nouvelles catégories de sources primaires. Parmi celles-ci, une littérature hagiographique en plein essor depuis le début des années 1990, portant sur des figures de la sainteté islamique actives pendant la période tsariste puis celle du communisme d’État. Entre autres particularités de cette littérature : la valorisation de l’œuvre en prose et en vers de figures de la spiritualité musulmane du xixe siècle et, surtout, du court xxe. La séance sera consacrée à la principale vita, à ce jour, dédiée à un personnage familier de l’Atelier Eurasie centrale : le religieux, homme d’État et polygraphe turkestanais ‘Ali-Khan Tura Saghuni (1885–1976). Cet ouvrage, Sog’uniy : uch kitobdan manoqib (« Saghuni : une vita en trois tomes », Tachkent : Azon, 2021) est dû à Yoqubjon Xo’jamberdiev (1947–2022), un journaliste, éditorialiste, poète et spécialiste d’histoire locale de la vallée de Ferghana. Nourri de témoignages du fils cadet, de petits-enfants et des principaux disciples personnels de Saghuni, l’ouvrage fait alterner transcriptions d’entretiens, passages romancés, reconstructions historiques et citations littéraires, notamment de l’œuvre de Saghuni lui-même. Xo’jamberdiev reconstitue, entre autres, la vie quotidienne autour de Saghuni en son verger de Nazarbek, un faubourg de la vieille ville Tachkent, pendant la dernière décennie de sa vie. Il nous permet de comprendre la place qu’occupait la poésie gnostique, y compris celle écrite par le maître lui-même, dans son enseignement théologique et spirituel. Il explique également la fascination que les commentaires poétiques de Saghuni — de l’œuvre des classiques Nawayi (xve siècle) ou Fuzuli (xvie siècle), notamment —ont pu exercer au-delà d’un cénacle numériquement réduit, en particulier auprès de figures parmi les plus en vue de l’Union des écrivains de la RSS Ouzbèque. Ce faisant, cette vita vient éclairer de manière peut-être inattendue le débat lancinant, depuis la période de la Guerre froide, sur l’existence, ou non, d’une dissidence musulmane en Asie centrale soviétique. Au plaisir de vous retrouver à cette occasion, Stéphane Dudoignon, Agathe Guy, Lina Tsrym