La laïcité et ses mythologies
Vendredi 17 décembre 2026
- 9h30 : Accueil des participants
- 10h-10h15 : Mot d’accueil par
Alfonsina Bellio (EPHE, PSL-GSRL)
- 10h15-11h :
Vincent Genin (EPHE, PSL-GSRL / ULiège) :
Introduction générale. Le chantier des mythologies de la laïcité.
Pause-café
PANEL I
Présidence :
Jean Baubérot-Vincent (EPHE, PSL-GSRL)
- 11h-11h30 :
Vincenzo Pacillo (UNIMORE):
Laïcité and Secularism : The History of a Misunderstanding From Guizot and Hugo to BHL and E. Macron.
- 11h30-12h :
Philippe Portier (EPHE, PSL-GSRL) :
École et laïcité : le cas français.
- 12h-12h30 :
Guillaume Garnier (U. Lyon III) :
Mythifier la laïcité par la devise républicaine.
12h30-14h : Pause de midi
PANEL II
Présidence :
Emmanuel Faye (U. Rouen ; CIPh)
- 14h-14h30 :
Lino Castex (Sciences Po Paris) :
Métamorphoses de la langue juridique contemporaine : nouveau désir substantialiste.
- 14h30-15h :
Lauren Bakir (DRES, CNRS-UNISTRA) :
Laïcité : du principe juridique à la valeur politique.
Pause-café
PANEL III
Présidence :
Anna Dolce (UNIMORE)
- 15h30-16h :
Hicham Benaïssa (GSRL) :
Le mythe de l’invisibilité : laïcité, neutralité et les frontières du Nous national.
- 16h-16h30 :
Anne Lancien (Observatoire international religieux, CERI) :
La militance laïque et ses mythologies (à préciser).
- 16h30 : Conclusions
Argumentaire
"Depuis plus de trente ans, et à plus forte raison ces dernières années, la laïcité est devenue un lieu commun de la société française. Là où il était surtout question de « Séparation » au XIXe siècle ou en 1905, et de querelles scolaires (entre enseignements privé et public) jusqu’aux années 1980, le mot « laïcité » a mis du temps à s’imposer dans les champs politique, juridique, savant ou encore littéraire. Dans le contexte du bicentenaire des lois Ferry (1982), de la Révolution Française (1989), de l’échec du projet de loi Savary (1984), d’une prise de conscience que l’immigration musulmane ne serait pas éphémère, de patrimonialisation de l’histoire (1980 est déclarée « année du patrimoine ») et d’une quête de valeur de la part du régime républicain français, le mot laïcité connaît un succès considérable. Aujourd’hui, marronnier de la presse, assimilé aux « valeurs républicaines », notion connue de tous, plus ou moins approximativement, pénétrant le champ littéraire, la laïcité est aussi un lieu de détournement, de re-sémantisation, de projection et d’imaginaires en tous genres.
Principe juridique et politique, la recherche ne peut nier le caractère
mythologique (au sens où Roland Barthes l’employait dans son livre classique de 1957 paru au Seuil) de la laïcité, à côté de sa dimension normative. Revenir au droit est essentiel et semble indissociable – c’est du moins l’une des questions que posera cette journée d’étude – de l’analyse des représentations qui se sont cristallisées autour de la laïcité et des laïcités. Si elle pénètre le droit en tant que valeur, elle le fait aussi sous la plume de chercheurs en sciences sociales, d’universitaires, d’intellectuels, de journalistes, d’acteurs de la société civile, de la vie associative, de représentants des cultes, de juristes, d’écrivains ou encore d’autres catégories, existantes ou à définir à cette occasion, du champ de délibération publique.
En un mot comme en cent : quels sont les cas d’étude nouveaux, les terrains d’investigation actuels, qui témoignent d’une laïcité ré-interprétée, transformée, ballotée, devenant un écran sur lequel sont projetés les fantasmes, les désirs les questions et les angoisses de la société française ? Grande panacée, explication centrale, solution possible, cette laïcité porte des « habits neufs », pour paraphraser la métaphore de Simon Leys. À quel moment et pour quelles raisons son histoire est chargée d’un sens particulier (on voit fleurir des histoires de la laïcité « depuis les origines ») ? Comment expliquer l’inscription de la laïcité dans un nouveau système de valeurs juridiques, mais aussi son élévation au rang de grand argument électoral dans le champ politique, ou encore sa transformation en orthopraxie chez certains idéologues ou décideurs (il fut question, dans la bouche d’un ministre, en 2019, d’une « façon laïque de s’habiller » à l’école publique) ? Où en est aujourd’hui la cartographie des prises de position autour de la laïcité dans l’Hexagone ? Pourquoi demeure-t-il toujours aussi difficile de pratiquer une approche comparative et transnationale de cette notion ?
Tels seront les enjeux des réflexions de cette journée."
Contact
Vincent Genin, HDR EPHE, PSL
Chargé d’enseignements à Sciences Po Paris et assistant à l’ULiège
Membre du GSRL
Vincentgenin2023@gmail.com