Hugo Dones au séminaire « Les partis politiques musulmans : un vecteur de sécularisation ? »
Résister sans rompre : mobilisations étudiantes musulmanes et redéfinition du sécularisme en Inde
Hugo Dones, EHESS
À partir d’une enquête ethnographique menée sur trois campus (Jamia Millia Islamia, Aligarh Muslim University et Hyderabad Central University), j’examine les mobilisations de trois organisations étudiantes musulmanes (SIO, MSF, Fraternity Movement) dans l’Inde contemporaine, marquée par un durcissement autoritaire à l’ère du Hindutva. Je les lis à travers l’idée de « résistance sans rupture » : des engagements qui contestent des dispositifs d’exclusion et de surveillance, tout en mobilisant le registre du droit et de la Constitution depuis les campus. Loin d’un repli communautaire ou d’une opposition frontale à l’État, ces organisations investissent le cadre constitutionnel – ses droits, ses symboles, ses institutions – pour soutenir une autre conception de la citoyenneté. Mon propos porte en particulier sur le sécularisme comme objet de dispute. D’un côté, il est redéfini « par le haut » : sous couvert de neutralité, le Hindutva en affaiblit la portée pluraliste en disqualifiant des revendications minoritaires comme « communalistes » ou anti-nationales. De l’autre, il est réinvesti « par le bas » : depuis les campus, ces organisations réactivent une version plus située du sécularisme, attachée à l’égalité et au pluralisme. Les campus apparaissent ainsi comme des lieux où s’affrontent deux conceptions du vivre-ensemble, jusque dans des scènes et objets ordinaires : murs disputés, fresques contestées, rassemblements empêchés. Je termine en ouvrant sur deux tensions qui traversent l’enquête au moment de l’écriture : comment rendre une cause visible sans accroître l’exposition au risque ; et comment ces organisations articulent, selon les contextes, le langage du droit (Constitution, citoyenneté, nation) avec des références morales et religieuses.