Hommage à Mathias Koenig
Matthias Koenig (1971-2026)
C’est avec une immense tristesse que nous avons appris la mort de Matthias Koenig, notre collègue d’Outre-Rhin, membre associé de notre laboratoire qui, par deux fois, en 2006 et en 2015, fut également directeur d’études invité à l’EPHE. Après des études de sociologie, de théologie protestante et de sciences religieuses menées aux Universités de Marbourg, de Hambourg et de Princeton, il obtint en 1997 un M.A. de sociologie et de théologie protestante à l’Université de Marbourg et, en 2008, son Habilitation en sociologie à l’Université de Bamberg. Professeur de sociologie à l’Université de Göttingen de 2008 à 2025, il fut également, de 2011 à 2016, chercheur au Max Planck Institute for the Study of Religious and Ethnic Diversity. Parachevant son parcours d’excellence parmi les Universités allemandes, il venait d’être nommé à l’Université de Heidelberg Professeur de macrosociologie empirique à l’Institut Max Weber de sociologie de cette Université. A son épouse, à ses trois enfants, à tous ses proches, nous présentons nos sincères condoléances. Matthias Koenig, c’est un sociologue talentueux d’envergure internationale qui, à 54 ans, nous a quitté alors qu’il était en plein essor, intensément engagé dans l’enseignement et la recherche en sciences sociales des religions. L’étude de la diversification croissante du paysage religieux des sociétés européennes et l’analyse critique des cadrages conceptuels utilisés en sociologie des religions furent au centre des recherches de Matthias Koenig. S’appuyant sur les nombreux travaux empiriques étudiant les façons dont cette diversification apparaissait tant au niveau local qu’aux niveaux stato-national et transnational, Matthias Koenig s’attacha particulièrement à analyser les multiples conséquences de cette diversification sur le religieux lui-même et sur les régulations publiques dont il était l’objet. En articulant constamment cadre théorique et données empiriques, ses analyses montrent tout l’intérêt d’une démarche comparative qui, dans une perspective de sociologie de la connaissance, est attentive aux conditions socio-historiques d’élaboration des catégorisations et concepts à travers lesquels le religieux est construit. Sans nier les spécificités des configurations nationales, il dénonçait volontiers les tendances au « nationalisme méthodologique » des sciences sociales. A l’occasion d’un séminaire franco-allemand, nous avions interrogé les concepts de sécularisation et de laïcité en les considérant non comme des catégories analytiques mais comme des catégories à analyser dans leurs contextes nationaux respectifs d’émergence (cf. Koenig Matthias & Willaime Jean-Paul (eds), Religionskontroversen in Frankreich und Deutschland, Hamburger Edition , 2008). En 2002, dans Menschen Rechte bei Durkheim und Weber. Normative Dimensionen des soziologischen Diskurses der Moderne (Les droits de l’homme chez Durkheim et Weber. Les dimensions normatives du discours sociologique de la modernité), et en 2005 dans Menschenrechte (Les droits de l’homme), Matthias Koenig développa une analyse socio- historique de l’émergence et de la diffusion des droits de l’homme. des conflits que suscitait leur universalisation confrontée à différents cadrages cognitifs du religieux. Les nombreux articles qu’il a publiés portent principalement sur la religion des immigrés, plus spécifiquement sur l’intégration des immigrants musulmans dans les pays d’Europe de l’Ouest, ainsi que sur les mutations de l’Etat-Nation dans la mondialisation. S’inspirant de la théorie culturelle des modernités multiples de Shmuel Eisenstadt, il esquissait un programme de recherches analysant empiriquement les imaginaires du séculier et du religieux et les variantes institutionnelles de la modernité. Les deux études qui suivent offrent un bel exemple de la façon dont Matthias Koenig concevait son travail de sociologue : - « Modernités multiples et mondialisation », Archives de sciences sociales des religions, 167, juillet-septembre 2014, pp. 127-145 ; - « Gouverner le religieux avec les juges » (avec Claire de Galembert), Revue française de science politique, Volume 64, numéro 4, Août 2014, pp. 631-645. Avec Matthias Koenig, on apprenait à trouver la bonne distance pour étudier le religieux à l’ère des mondialisations. Ses apports savamment nourris par la recherche internationale nous manqueront ou, plutôt, continueront à nous inspirer.Jean-Paul Willaime Directeur du GSRL (2002-2008)