« Réseaux transnationaux des nationalismes religieux dans l’aire euro-atlantique »
Argumentaire
Les nationalismes religieux contemporains sont souvent analysés comme des phénomènes enracinés dans des contextes nationaux spécifiques, porteurs de traditions religieuses, de récits historiques et de configurations institutionnelles propres. Pourtant, l’observation empirique des mobilisations politiques religieuses depuis le début du XXIᵉ siècle révèle une dynamique inverse : ces nationalismes se déploient de plus en plus à travers des réseaux transnationaux structurés, impliquant une pluralité d’acteurs, de ressources et de dispositifs d’action.
Conférences internationales, think tanks, fondations philanthropiques/mécénat, institutions religieuses, partis politiques, médias globaux, plateformes numériques, cabinets juridiques, programmes de formation et diasporas constituent aujourd’hui les infrastructures matérielles et symboliques de ces mouvements. Ces réseaux assurent la circulation d’idées, de cadres interprétatifs, de normes juridiques, de répertoires d’action et de financements, tout en permettant l’articulation paradoxale d’un discours fondé sur la souveraineté nationale avec des pratiques d’internationalisation de l’action politique.
À travers des références croisées aux christianismes (orthodoxie, catholicisme, protestantismes), aux judaïsmes, à l’islam, à l’hindouisme ou au bouddhisme, ces nationalismes religieux tendent à promouvoir une conception de la religion comme principe structurant de l’ordre politique, souvent désignée comme “religion publique”.
Ils s’inscrivent fréquemment dans des projets de remise en cause du libéralisme politique, du pluralisme religieux, de la sécularisation et des institutions supranationales, contribuant à des processus de dé-libéralisation, de redéfinition de la citoyenneté et de reconfiguration des rapports entre religion, droit et pouvoir.
Ce colloque, premier volet d'une recherche globale, entend se concentrer sur la structuration transnationale de ces réseaux, à partir de l’aire euro- atlantique incluant ses prolongements méditerranéens. Sont ainsi inclus dans le périmètre du colloque les nationalismes religieux ancrés hors d’Europe mais ayant des liens avec des nationalismes chrétiens (à l’instar des relations entre
sionisme religieux et mouvements évangéliques ou des liens entre l’AKP et des partis conservateurs européens).
Ce colloque entend analyser ces phénomènes à partir d’une approche comparative, transnationale et pluridisciplinaire, attentive aux acteurs, aux ressources, aux stratégies de ces réseaux.
Axes de réflexion (indicatifs et non exclusifs)
Axe 1 — Acteurs et entrepreneurs de nationalisme religieux
• Leaders religieux, intellectuels publics, responsables politiques et militants
• Think tanks, fondations, instituts et organisations parapolitiques
• Rôle des diasporas, des réseaux confessionnels et des élites transnationales
• Circulations biographiques, trajectoires militantes et formations idéologiques
Axe 2 — Financements, ressources et économie politique des réseaux
• Philanthropie religieuse, financements privés et soutiens étatiques
• Fondations, ONG, associations écrans et circuits de redistribution
• Articulation entre ressources économiques, symboliques et politiques
• Dépendances financières, asymétries de pouvoir et stratégies d’influence
Axe 3 — Stratégies d’action et répertoires de mobilisation
• Conférences internationales, forums idéologiques et espaces de coordination
• Mobilisations juridiques, contentieux stratégiques et “lawfare” religieux
• Usages des médias, des plateformes numériques et des stratégies de désinformation
• Alliances tactiques, coalitions ponctuelles et convergences interreligieuses
Axe 4 — Circulations transnationales et recompositions idéologiques
• Transferts d’idées, traductions, appropriations et hybridations doctrinales
• Nationalisme, religion et références à la “civilisation”
• Tensions entre universalismes religieux et particularismes nationaux
• Comparaisons entre espaces régionaux (Europe, Amériques)
Axe 5 : les méthodes d’analyse des réseaux
• Cartographie des réseaux (logiciels Gephi, Karthis, etc.)
• Open source (OSINT)
• Analyse de discours (Analyse de correspondances multiples (ACM) logiciels de sémantique,
logiciels de lexicométrie, etc.)
Modalités de soumission
Les propositions de communication doivent comprendre :
- Le titre de la communication
- Un résumé d’environ 1000 à 1500 mots
- Une courte notice biographique
Elles doivent être adressées au plus tard le 31 mars 2026 aux trois adresses suivantes :
- blandine.chelini-pont@univ-amu.fr
- alain.dieckhoff@sciencespo.fr
- anne.lancien@sciencespo.fr
Les communications pourront être présentées en français ou en anglais.